Quand on vit dans le Sud, on apprend vite que le soleil, c’est aussi une épreuve. L’été, la terrasse devient impraticable, les chaises brûlent et les plantes grillent. Pourtant, je n’ai jamais eu envie d’installer une pergola imposante ou une tonnelle toute faite. En effet, je préfère les solutions simples, celles qu’on bricole avec ce qu’on a sous la main. Trouver la fraîcheur sans clim ni structures compliquées, c’est un petit art, un équilibre entre l’ombre, la lumière et le vent.
L’ombre vivante des arbres
J’ai toujours pensé qu’aucune toile ne rivalisait avec l’ombre d’un arbre. C’est une ombre vivante, qui bouge, qui respire. Sous un figuier, par exemple, la lumière passe en tâches mouvantes ; sous un tilleul, l’air garde cette odeur douce et un peu sucrée qui annonce l’été. Chez mes parents, on déjeunait souvent dehors, à l’abri d’un vieux mûrier. Je crois que c’est là que j’ai compris ce qu’était la vraie fraîcheur : pas celle d’un ventilateur, mais celle que la nature offre toute seule.
Quand j’ai emménagé ici, mon premier réflexe a été de planter. Un olivier au centre du jardin, et un micocoulier un peu plus loin, qui commence seulement à donner une belle ombre. Les arbres demandent de la patience, c’est vrai, mais c’est un investissement pour les années à venir. Et en attendant, même un petit fruitier peut faire la différence. Un pommier ou un prunier, planté au bon endroit, suffit à créer une bulle d’air plus léger.
Les voiles d’ombrage : un peu de fraîcheur à la demande
Avant que mes arbres grandissent, j’ai longtemps bricolé avec des voiles d’ombrage. J’en ai tendu entre la façade et le mur du fond, puis entre deux poteaux en bois que j’avais récupérés. Ce n’est pas compliqué : il suffit de bien les tendre pour éviter qu’elles claquent au vent. J’aime ces voiles parce qu’elles laissent passer un peu de lumière, sans tout bloquer.
Ce que j’apprécie aussi, c’est leur côté saisonnier. On les sort quand le printemps s’installe, on les range quand les feuilles commencent à tomber. Pas de gros travaux, pas d’entretien. L’été, elles créent cette lumière douce qui donne envie de traîner dehors, même aux heures les plus chaudes. Et quand le vent s’y engouffre, l’ombre se déplace doucement sur le sol ; un spectacle simple, mais apaisant.
Les plantes grimpantes, l’ombre qui pousse
Un jour, un voisin m’a donné une bouture de vigne vierge. Je l’ai plantée sans trop y croire, contre une petite structure en bois. Trois ans plus tard, elle recouvre toute la tonnelle. En été, elle protège du soleil ; en automne, elle rougit avant de laisser passer la lumière. C’est devenu un vrai coin de vie.
Les plantes grimpantes ont ce don de transformer un endroit banal en refuge. Le jasmin, le chèvrefeuille ou la clématite offrent en plus leur parfum. Et puis, elles attirent les insectes pollinisateurs, ce qui ne gâche rien. Quand je vois l’ombre qu’elles dessinent, je me dis que la nature sait mieux que nous où mettre la beauté.
Les matériaux : penser du sol au ciel
On parle souvent d’ombrage, mais la chaleur vient aussi du sol. J’ai mis du temps à le comprendre. Au début, ma terrasse était couverte de dalles sombres : elles emmagasinent la chaleur toute la journée et la relâchent le soir. Un vrai four. Un été, j’ai décidé de tout refaire. J’ai opté pour du bois brut et un peu de gravier clair autour. Depuis, la différence est flagrante. Même pieds nus, on peut marcher sans se brûler.
C’est pareil pour le mobilier. Les chaises en métal deviennent vite inutilisables sous le soleil. Je préfère le bois, ou même le rotin, qui gardent une température plus douce. Rien de luxueux, juste des matériaux qui respirent.
L’eau, même en petite quantité, change tout
J’ai longtemps cru qu’il fallait un bassin ou une fontaine pour rafraîchir un jardin. En réalité, un simple point d’eau suffit. Une bassine en zinc, un grand pot rempli de galets et d’eau, ou même un arrosoir posé au bon endroit : la présence de l’eau change la sensation d’air. L’évaporation apporte un peu de fraîcheur, et les reflets attirent la lumière d’une autre manière. C’est discret, mais efficace.
L’ombre, une question d’ambiance avant tout
Avec le temps, j’ai compris que créer de l’ombre, ce n’était pas seulement chercher à se protéger, c’est aussi penser à l’ambiance. Ce que j’aime, ce sont ces endroits où la lumière filtre à travers les feuilles, où tout semble un peu suspendu. Là où on s’assoie sans réfléchir, juste parce qu’on s’y sent bien. J’ai d’ailleurs rassemblé quelques idées dans mon tableau Pinterest Coin d’ombre et fraîcheur au jardin : des photos d’endroits simples, où l’ombre ne cache pas la lumière.
Dans mon jardin, j’ai un petit coin comme ça ; une table en bois, une chaise et une guirlande qui s’allume à la tombée du jour. Rien d’extraordinaire, mais c’est là que je lis, que je bois mon café, que je réfléchis à mes prochains bricolages.
Pierre Morel Ama
J’ai grandi à la campagne, entre potager et outils, où le bricolage a très tôt pris une place importante. Aujourd’hui encore, j’aime construire, aménager, jardiner et imaginer de nouveaux projets. Le judo, la randonnée, les voyages en Europe et la musique nourrissent le même goût de l’effort, de la découverte et de la liberté, les mains actives et l’esprit ouvert.
