« ville en vert - ville en vie »
La politique de développement des espaces paysagers des collectivités publiques
L’Unep, la Fédération Française du Paysage (FFP) et l’Association Française des Directeurs de Jardins et d’Espaces Verts Publics (AFDJEVP) organisaient le 17 mars 2009, à l’Assemblée nationale, la conférence « ville en vert – ville en vie » autour de la politique de développement des espaces paysagers des collectivités publiques.
Les concepteurs et les entrepreneurs du paysage partagent avec leurs homologues directeurs de jardins et d’espaces verts publics la conviction qu’ils participent au bien être des Français en créant et en entretenant ces lieux de repos, de loisir et de respiration dans la ville. Les chercheurs mettent en œuvre leurs compétences pour apporter à ces sentiments des bases scientifiques, des données permettant de penser la ville dans sa globalité. Certains élus, maires, députés, donnent aux espaces paysagers toute leur valeur et leur importance dans une politique concertée et cohérente.
La première table ronde : Les espaces verts en ville : Quels enjeux pour la santé des citoyens et l’amélioration de l’environnement urbain
réunissait des experts autour de la thématique : les espaces paysagers en ville, quels enjeux pour la santé des citoyens et l’amélioration de l’environnement urbain ?
Le végétal en ville est un véritable enjeu en termes de santé des citoyens, d’amélioration de l’environnement urbain et d’attractivité du territoire. Encore faut-il que les espaces verts publics soient pensés en amont des projets, pour que leur usage soit optimisé au maximum.
Christiane Weber, Directeur de recherche CNRS, directrice du laboratoire Image et Ville de l’Université de Strasbourg,
Anne Ribes, Infirmière « jardiniste », anime l’atelier « potager fleur » avec les enfants à l’hôpital de la Salpetrière,
Daniel Oertli, Chef du service des espaces verts et de l’environnement de la ville de Genève
Florence Robert, Architecte paysagiste.
La seconde table ronde : L’entretien des espaces paysagers, l’enjeu d’un développement harmonieux
proposait des pistes de réflexion sur l’entretien des espaces paysagers, garantie d’un développement harmonieux.
En effet, à l’inverse de la plupart des équipements publics (crèches, piscines…), le coût d’entretien d’un espace vert est rarement intégré dans le budget du projet. Une approche globale et qualitative de l’entretien des espaces verts est possible. Elle permet de conserver des lieux attractifs et accueillants pour les habitants.
Serge Grouard, Maire d’Orléans,
Pascal Desautels, Maire d’Oger (distingué par le CNVVF en 2008),
Philippe Duron, Maire de Caen
Francine Barthe, agrégée de géographie, Maître de conférences à l’Université Jules Verne, Picardie à Amiens,
Marc Loiseleur, entrepreneur du paysage.
A l’issue de ces première table ronde, Dominique Douard, Président de la Commission des Métiers du Paysage de Val’hor exposait le concept de “Cité Verte“.
Emmanuel Mony, président de l’Unep ouvrait ce colloque en rappelant, entre autres, quelques chiffres clés :
Selon le sondage Unep/Ispos de janvier 2008 et janvier 2009, 7 Français sur 10 choisissent leur lieu de vie en fonction d’espaces verts à proximité de leur habitation ; plus d’1 Français sur 3 estiment que les budgets consacrés par les élus aux espaces verts sont insuffisants ; que se soit de façon périodique ou quotidienne, 2 Français sur 3 fréquentent les espaces verts de leur commune. Et enfin, 1 Français sur 4 considère qu’un mode de vie respectueux de l’environnement passe d’abord par un habitat plus vert et des villes plantées d’arbre. Plus d’1 Français sur 2 réclament que soit instauré un pourcentage minimum d’espaces verts dans les projets immobiliers et commerciaux.
Emmanuel Mony concluait en ajoutant : « Nous devons offrir aux citadins plus de vert, plus d’espaces verts. Nous devons faire en sorte que ces espaces verts soient entretenus. À l’inverse de la plupart des équipements publics comme les crèches ou les piscines, la prise en compte du coût d’entretien d’un espace vert est rarement intégrée dans le budget global du projet. Pourtant cet entretien est nécessaire pour conserver des lieux attractifs et accueillants pour les habitants. Près d’1 Français sur 3 estiment d’ailleurs que les budgets consacrés aux espaces verts sont insuffisants. Les défis sont grands, les professions que nous représentons architectes paysagistes, services des espaces verts des collectivités territoriales, entreprises du paysage sont là pour vous accompagner dans vos réalisations ».
Compte rendu du colloque Ville en Vert, Ville en Vie"
1ère table ronde Les espaces paysagers en ville : Quels enjeux pour la santé des citoyens et l’amélioration de l’environnement urbain
Les intervenants à cette table ronde présentent l’importance et les usages des espaces verts dans les villes.
Christiane Weber, Directeur de recherche au CNRS (laboratoire Image en Ville), présente ses travaux sur l’importance des espaces verts sur la qualité de l’air. Elle insiste sur la nécessité d’étudier les systèmes dans leur globalité et de réaliser des modèles observables sur le long terme. Par exemple, il est évidant que la végétation produit l’atmosphère, mais un alignement d’arbres dans une rue étroite peut aussi retenir la pollution.
Florence Robert, architecte paysagiste, estime que s’il n’y a pas d’étude précise qui prouve l’impact du végétal en ville sur le climat, le végétal, s’il est pensé et planté dans de bonnes conditions, joue le rôle de climatiseur urbain en mettant les bâtiments à l’ombre et en captant l’énergie solaire. Lors de la canicule de 2003, on s’est rendu compte que la chaleur captée par les toits et le bitume continuait à se diffuser la nuit, empêchant la baisse de la température. De ces constatations naissent quelques recommandations. D’une part, faire des bâtiments clairs qui réfléchissent la chaleur plutôt que de l’absorber, d’autre part planter des arbres qui protègent la voirie du soleil grâce à l’ombre qu’ils procurent et à la surface plus importante des feuilles qui capte l’énergie lumineuse.
Florence Robert présente les différents usages des espaces verts. Au-delà de leur esthétique, qui s’est développé par l’art des jardins et leur mise en scène, ils ne sont plus uniquement un décor. Ils ont une utilité sociale par leurs aspects pratiques. Ils sont des espaces de consommation pour le jeu, la détente, le sport, les rencontres. Le végétal est aussi une façon différente de vivre la ville, plus simple, en lien avec la nature, à une époque où l’on a de plus en plus besoin de se rapprocher des saisons, de suivre les cycles de floraisons, et d’avoir un cadre de vie plus naturel. Ainsi, après être passés de l’espace vert « décoratif » à l’espace vert dédié aux pratiques, nous redécouvrons aujourd’hui l’espace vert comme lieu de rattachement à la nature, aux saisons et à l’environnement. Elle ajoute : « plutôt que d’amener la ville à la campagne, il faudrait pouvoir profiter de la campagne en ville ! »
Anne Ribes, Infirmière « jardiniste » anime l’atelier « potager fleur » pour les enfants à l’hôpital de la Salpetrière. Elle présente ses expériences d’hortithérapie avec des enfants autistes, des personnes âgées, des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Elle défend avec conviction son expérience empirique mais dont les résultats sont probants : « la société actuelle est déconnectée de la nature, mais nous ressentons tous le besoin de nous reconnecter avec le végétal ». Elle interroge : « pourquoi sommes-nous bien lorsque nous regardons une plante ? ». « Pourquoi un malade atteint d’Alzheimer, qui parfois n’est plus capable de tenir sa fourchette à l’endroit, met instinctivement et automatiquement une plante avec les racines en bas ? » Parce que le végétal, cet élément naturel que l’on retrouve dans un jardin est constitué des mêmes éléments que nous. Le végétal nous permet d’être en osmose avec la nature et c’est cette part de nous-même qu’il nous renvoie. Il nous ramène ainsi à notre propre source et nous permet d’échapper à notre environnement cloisonné d’autoroutes et de bâtiments. Pour les malades, les personnes isolées et enfermées dans un bâtiment, le végétal leur rappelle tout simplement qu’ils sont en vie.
Le végétal permet à tous de retrouver de l’énergie et procure du bien-être. « Reprendre contact avec la nature permet à l’homme de redevenir soi-même. ». Le végétal est également un moyen d’échanges intergénérationnels, qui créée du dialogue entre les individus de tous âges. Ces rapports au végétal devraient être appliqués à tout le monde et au quotidien, et pas seulement dans des cas spécifiques, comme les thérapies dont les résultats font échos. Ce rapport naturel en chacun de nous reviendra. Il est comme un cycle. Nous avons besoin de revenir à des choses simples. Cela nécessite du temps, une évolution des mentalités. Ce changement vient aujourd’hui en douceur mais répond à un réel marché.
Pour Christiane Weber, la santé est liée au cadre de vie, au confort physiologique et psychologique. Le constat est fait que le végétal est un réel besoin pour l’être humain. Toutefois, la géographique urbaine actuelle fait que tous les individus ne sont pas égaux : l’accès aux espaces paysagers est différent d’une personne à l’autre. L’un des défis majeurs à relever est la lutte contre l’inégalité d’accès aux espaces paysagers. La conception des villes et des territoires doit intégrer la notion de justice environnementale. Il faut favoriser l’accès et la participation des citoyens à la construction de la ville. Cette participation intervient lors de rencontres entre les élus, les techniciens et les citoyens. Ces réunions sont l’occasion de discuter ensemble de l’avenir des jardins, de présenter et d’expliquer les programmes en cours et de solliciter les avis de chacun.
Lors des ses recherches, Francine Barthe, Agrégée de géographie, Maître de conférences à l’Université Jules-Verne-Picardie à Amiens, a établi que les espaces verts constituent un accès à la nature pour les citadins. Les espaces verts jouent ainsi le rôle d’ambassade de la nature en ville. Même si l’accès à la nature est différent d’un habitant à l’autre, il reste toutefois qu’il n’existe pas une ville sans espaces verts publics, et ce, quelque soit l’endroit du monde. Ainsi, on pourrait même imaginer que ce sont les parcs et jardins qui définissent la ville. Partout dans le monde, les espaces verts sont la représentation culturelle de la nature. Au Brésil, la nature relève du sacré, les espaces verts également. En Iran, on évoque avant tout l’arbre, l’ombre de l’arbre et le tapis au pied de l’arbre. Le rapport aux jardins et aux espaces verts varie ainsi grandement selon les cultures. Mais quelles que soient les cultures, les parcs et jardins publics restent, de tout temps, les lieux privilégiés des amoureux !
Les intervenants s’accordent sur plusieurs points :
la nécessité de faire avancer la recherche pluridisciplinaire, dans le contexte de l’aménagement urbain
L’évolution des mentalités qui se fait petit à petit et qui permettra de revenir à des choses simples et évidentes comme l’importance du végétal pour l’Homme
L’intérêt de travailler ensemble, à faire participer les habitants lors des projets d’aménagements urbain
La nécessité de repenser la ville en amont, concevoir autrement la ville, arrêter de s’étaler
Daniel Oertli, Chef du service des espaces verts et de l’environnement de la ville de Genève, témoigne de la politique d’aménagement urbain en Suisse qui intègre déjà ces éléments. La Suisse fait partie de ses pays germanophones où les changements des politiques d’investissements en espaces verts tant dans la création que l’entretien ont été initiés dès le XIXè siècle. Les espaces verts influent en effet fortement sur la qualité de vie. La bonne gestion de ces espaces offre un environnement agréable. Les Suisses misent autant sur les équipements culturels ou sportifs que sur la présence d’espaces verts pour développer l’attractivité de la ville. Ces éléments sont identifiés depuis longtemps dans la politique d’aménagement urbain de Genève qui a du faire face à une densification urbaine entrainant la disparition des jardins privés. A Bâle, cette logique a été poussée encore plus loin puisque la plus value engendrée par la construction de bâtiments plus hauts est soumise à un impôt destiné à la création d’espaces verts. M. Oertli insiste cependant sur l’importance de l’investissement pour la pérennité des espaces verts. Malheureusement, il constate que trop peu de moyens sont offerts pour l’entretien et que les espaces verts de Genève ont tendance à se banaliser, faute de moyens disponibles.
2ème table ronde L’entretien des espaces paysagers : l’enjeu d’un développement harmonieux
Les intervenants témoignent sur leurs attentes en matière d’entretien des espaces verts
Serge Grouard, maire d’Orléans, a le sentiment que les attentes de ses concitoyens en matière d’espace verts évoluent. A Orléans, une étude a été menée sur l’évolution de la biodiversité animale en milieu urbain. Cette étude a montré une corrélation entre l’entretien des jardins et espaces verts et la biodiversité. Ainsi, lorsque les pelouses sont tondues moins souvent, la biodiversité animale est plus importante. De même, il faut éviter de tondre avant la montée en graine afin de conserver la biodiversité végétale.
Cette étude a servi à l’élaboration d’un plan « Biodiversité », intégré dans le PLU (Plan Local d’Urbanisme). Ce plan prévoit une typologie des espèces à maintenir par quartier et se décline sous forme d’actions, comme par exemple, l’intégration de niches pour les hirondelles lors de la construction des bâtiments. Ce plan prévoit également la préservation de milieux fragiles comme des anciennes carrières et souterrains qui hébergent des chauves-souris. Mais la protection impose souvent la discrétion évitant que les lieux soient trop fréquentés. C’est donc un vrai engagement des élus qui est nécessaire pour agir sans communiquer sur les actions menées.
Philippe Duron, maire de Caen, explique que dans sa ville, les jardins occupent une place majeure. La gestion des espaces verts a également évolué. On est passé d’une approche horticole à une approche plus naturelle, plus écologique avec la prise en compte de la préservation de la biodiversité, la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires grâce à la protection biologique intégrée. D’ailleurs, son prédécesseur avait fait de la coccinelle son emblème. Comme à Orléans, un travail d’étude des éléments constitutifs de la ville a été mené avec l’identification de lieux à fort intérêt, tant en terme environnemental qu’en terme de patrimoine de la ville : par exemple la colline aux oiseaux ou les prairies en bord de rivière.
Pour mettre en place une gestion plus respectueuse de l’environnement des espaces verts, les intervenants présentent différentes méthodes
Serge Grouard explique que l’implication et l’engagement des élus est important par rapport à leur responsabilité écologique. Les citoyens ne sont pas forcément prêts. En effet, la modification du fleurissement avec moins de plantes annuelles, la baisse de l’utilisation des produits phytosanitaires, qui, pour les habitants, peut être associée à l’envahissement des rues par les mauvaises herbes, peuvent avoir des conséquences négatives en termes de résultats électoraux pour les élus. Un travail de pédagogie est donc primordial.
Pour Marc Loiseleur, entrepreneur du paysage, l’intégration de l’entretien plus en amont est nécessaire. En Allemagne, on construit autour des espaces verts. Dans les témoignages des représentants de Caen et d’Orléans, on est sur la mise en place d’actions correctives. Les entrepreneurs du paysage ont trop souvent à entretenir des espaces dont la conception initiale n’avait pas pris en compte la gestion quotidienne. Un espace vert est un espace en construction. La période de parachèvement et de confortement de 3 à 5 ans prévue dans les Cahier des clauses techniques générales, qui fixent les dispositions techniques applicables aux marchés, est réellement nécessaire. Il invite donc les élus à prévoir de l’appliquer effectivement sur les marchés. Il est aussi nécessaire de faire évoluer la recherche et le développement en matière de création et d’entretien des espaces verts. Plante & Cité, la plateforme nationale d’information technique et d’expérimentation sur les espaces verts regroupant les collectivités territoriales et les entreprises, est une réponse à ce besoin.
Serge Grouard reconnaît que l’intégration des frais de fonctionnement lors de la création d’espaces verts est assez rare. Cela est aussi dû au mode de comptabilité publique qui ne prévoit pas d’amortissements.
En salle, Daniel Boulens, Directeur des espaces verts de la ville de Lyon, s’inquiète du fait que la démarche environnementale, qui met en avant la gestion différenciée, avec des lieux bénéficiant d’un entretien réduit, soit prise par certains comme un prétexte pour ne plus financer l’entretien.
En salle, Philippe Peiger, entrepreneur du paysage, fait remarquer que l’exemplarité des villes fait évoluer les jardins privés car les particuliers, séduits par les nouvelles tendances mises en œuvre dans les jardins publics, répliquent les mêmes aménagements dans leur propre jardin.
Francine Barthe, Agrégée de géographie, Maître de conférences à l’Université Jules-Verne-Picardie à Amiens, a mené il y a quelques années une étude sur la perception des jardins dans différents pays en Amérique du Sud, en Europe, en Orient. Partout, le jardin est toujours perçu comme un lieu de rassemblement et d’échanges, comme un lieu de recueil spirituel : « le rapport aux jardins et aux espaces verts varie selon les cultures : au Brésil, ils relèvent du sacré ; en Iran, on évoque avant tout l’arbre, l’ombre de l’arbre et le tapis au pied de l’arbre. Mais quelles que soient les cultures, les parcs et jardins publics restent, de tout temps, les lieux privilégiés des amoureux ! » Francine Barthe identifie un triptyque élus/usagers/acteurs (agents institutionnels, gestionnaires, paysagistes, jardiniers…) qu’il est nécessaire de mobiliser lors des décisions liées aux espaces verts.
En conclusion, Pascal Desautels, maire d’Oger, témoigne des résultats d’une politique axée sur la mise en valeur des espaces verts. Oger est une ville de 600 habitants. Elle a fait du fleurissement un axe de développement et a d’ailleurs été primée quatre fois en six ans par le CNVVF (Conseil national des villes et villages fleuris). Elle a également obtenu la médaille d’or du fleurissement européen en 2008. En 1995, la ville s’est posé la question de ce qui pouvait être fait au niveau économique dans une région champenoise alors en déclin. Les élus se sont donné six ans pour apporter une notoriété à la ville. Le POS (plan d’occupation des sols) puis le PLU (Plan Local d’Urbanisme) élaborés ont encouragé le développement de zones plantées et fleuries. Cette politique de fleurissement, qui nécessite un entretien soigné, s’est traduite concrètement par une meilleure attractivité de la ville : elle accueille aujourd’hui sur ce seul attrait plus de 140 000 touristes par an, sans oublier bien entendu, l’amélioration du cadre de vie pour les habitants qui participent aussi activement à l’entretien sur les espaces privés.
