Le gazon, l’autre star de la coupe du monde
Juin 2006
Du match d’ouverture le 9 juin, à cette finale tragique du 9 juillet, l’Allemagne a accueilli dans ses stades les meilleures équipes du monde. Elle a donc dû apporter le plus grand soin à ses pelouses vertes.
Un gazon un brin résistant
Le gazon d’un stade doit répondre à de nombreuses exigences techniques qu’impose la Fédération Française de Football. Ces critères concernent aussi bien le terrassement, le drainage, que les engrais ou encore l’imperméabilité ainsi que la densité du gazon. Ici intervient l’expertise du jardinier-paysagiste qui, grâce à son savoir-faire, détermine la composition du gazon et la technique d’implantation les mieux adaptées au milieu et aux conditions climatiques dans lesquels il va être installé. Le climat, la hauteur de tonte, la fréquence de tonte, le degré d’entretien, le piétinement, l’enracinement et l’esthétisme sont autant de critères qu’il doit prendre en compte.

Un gazon rasé de près pour un jeu plus zélé
La hauteur du gazon influe sur la vitesse du jeu : plus il est tondu ras, plus les mouvements des joueurs sont aisés. Ainsi, l’entraîneur peut adapter la vitesse du jeu selon la fatigue de son équipe par la hauteur du gazon. Les rebonds du ballon sont également plus élastiques sur une pelouse rase. En revanche, plus la pelouse est courte, plus elle est fragile. C’est pourquoi l’expertise du jardinier-paysagiste sur ce type de chantier est fondamentale et consiste à la fois à concevoir la meilleure pelouse en fonction du jeu de l’équipe qui évolue sur ce terrain, mais aussi en fonction de l’environnement et des conditions climatiques.
50 pieds martyrisent la pelouse pendant 90 minutes

Sur le terrain, ce sont vingt-deux joueurs et trois arbitres, soient 50 pieds massifs et un escadron de crampons qui battent la pelouse. Les mottes de terre arrachées par les tacles et le piétinement sont autant de critères à prendre en compte avant de poser une pelouse sur un terrain de football. Mieux vaut un gazon résistant pour assurer la victoire des Bleus !
Semis ou placage ?
Comparatif semi/placage
| SEMIS | PLACAGE |
|---|---|
| Faible coût | Prix plus élevé |
| Durée de vie illimitée | Durée de vie de quelques années |
| Entretien soutenu et régulier | Peu d’entretien mais remplacement de pavés ou rouleaux à prévoir |
| Opérationnel sous 8 à 10 mois | Opérationnel en 1 à 4 semaines (selon la technique employée) |
| Culture non uniforme | Travail rapide et facile, esthétique tout de suite |
Il existe différents procédés de pose de gazon : le semis (le plus traditionnel) ou le placage. Développé depuis une vingtaine d’années, le gazon de placage est un gazon naturel cultivé en gazonnière puis livré sous forme de rouleaux ou de pavés. Selon le choix arrêté par les responsables du stade sur les conseils du jardinier paysagiste, celui-ci commence son travail. Pour le semis, il effectue d’abord une étude sur des parcelles tests, puis crée un mélange de graines pour obtenir un tapis végétal le plus résistant possible et répondant aux exigences techniques et esthétiques définies par l’environnement. L’inconvénient du semis est qu’il faut attendre 1 an au minimum avant que la pelouse ne soit jouable, contrairement au placage qui, une fois posé, est opérationnel en 2 à 3 semaines. Le gazon plaqué, lui, permet un gain de temps non négligeable à la pose et à l’entretien, mais il présente d’autres difficultés techniques. Ainsi, malgré l’expertise du jardinier en amont, il existe toujours un risque de « rejet de greffe » si le gazon ne s’adapte pas au sol. Il faut également veiller à ce que l’enracinement soit solide et que l’imperméabilité soit aussi efficace sur le stade qu’en gazonnière.
Un gazon sous UV
Une fois le gazon posé, le jardinier-paysagiste doit veiller à rassembler les conditions optimales pour garantir une durée de vie la plus longue possible. Il développe ainsi différentes techniques pour pallier le manque d’ensoleillement inévitable sur une partie du stade. On trouve ainsi certains stades équipés de lampes recréant la lumière artificielle, comme c’est le cas au stade Louis II à Monaco, équipé de lampes éclairant les endroits où se portent les ombres des tribunes. Froid et gel sont également des facteurs de risque pour le gazon. Ainsi les jardiniers paysagistes peuvent être amenés à poser des systèmes de chauffage sur les zones du terrain plus exposées au froid. L’intérêt de ce dispositif est de maintenir le sol hors-gel sans détremper la pelouse. Un système beaucoup plus efficace que la bâche protectrice qui reste cependant moins coûteuse donc davantage utilisée.
Arrosé mais pas détrempé
Le rectangle vert devient aujourd’hui high-tech grâce à des systèmes de drainage qui rendent la pratique du jeu possible, même par forte pluie. Tout l’art du jardinier paysagiste consiste à évaluer et ajuster le bon niveau d’eau pour sa pelouse au millimètre près. Selon la saison, le sol et la météo, il faudra apporter 5 à 15 mm d’eau/jour. Aujourd’hui, les jardiniers paysagistes équipent les pelouses de systèmes d’arrosage automatiques hautement sophistiqués. L’eau ruissèle et s’évacue selon des normes très précises pour éviter un terrain détrempé. Ceci est rendu possible par un système drainant situé sous le gazon et recouvert d’un substrat filtrant.
Le gazon : un enjeu high-tech
Elément central d’un stade de foot, la pelouse connait de constantes évolutions. Elle est devenue un véritable enjeu pour la recherche et développement. La recherche se mène à l’échelle mondiale et se concentre tout particulièrement sur les questions de développement durable et de respect des normes écologiques (gazon résistant aux économies d’eau, tolérance aux fortes chaleurs et aux maladies). Les enjeux sont à la hauteur des surfaces semées. A titre d’exemple, le stade de France c’est 11 000 m² de surface engazonnée et 9 000 m² de pelouse pure.
Un stade de ligue 1 en chiffres :
9 000 m² de pelouse pure
1 500 tonnes de sable environ
300 millions à 1 milliard de graines d’espèces différentes mélangées selon leurs spécificités
4 à 10 jardiniers à temps plein toute l’année
Une tonte 2 à 3 fois par semaine pour un gazon d’une hauteur de 25 à 28 mm

